Lunettes Burberry
Thomas Burberry ouvre sa première boutique en 1856 sur Winchester Street, à Basingstoke, en Grande-Bretagne. Il est, alors, âgé de seulement 21 ans. Dès le début, il fidélise une clientèle de notables qui paient, rubis sur l’ongle, les vêtements de grande qualité que fabrique l’ancien apprenti drapier. Les bénéfices générés par ces fructueuses transactions lui permettent, rapidement, d’investir dans des locaux plus grands dans lesquels il emploie, bientôt, plus de 80 personnes. Il fait, alors, le choix de se spécialiser dans des vêtements de protection contre le froid et les intempéries.En 1980, il crée la gabardine qui a les propriétés précitées et qui est également dotée de qualités imperméabilisantes obtenues grâce à un traitement spécifique réalisé directement au niveau de la matière végétale avant même la phase de tissage. C’est de la bouche même d’un berger de la région, qu’il obtient la révélation de ce principe révolutionnaire qui est pourtant issu d’une longue tradition païenne. C’est, en effet, en constatant que le tissu de la veste du pâtre ne s’imbibe pas de l’eau de pluie que Thomas Burberry, le déleste de sa précieuse recette. C’est, à ce moment précis, qu’il pose la première pierre à l’édifice commercial qu’il n’aura, depuis lors, de cesse d’élever. Le commerçant britannique apprend ainsi que le berger utilise un mystérieux produit qui, dilué dans l’eau du bain destinée aux moutons, a des vertus imperméabilisantes insoupçonnées et protège,ainsi, les animaux lors des plus grandes tempêtes. Dès 1888, il fait breveter sa gabardine.
Pourtant le talentueux créateur ne souhaite pas rester sur ses acquis. L’innovation est le maître mot de sa stratégie commerciale et il décide d’en faire le fer de lance de son entreprise. En 1891, il ouvre sa première boutique londonienne à côté de laquelle se trouve un immense atelier. La marque se décline, désormais, sous l’appellation de « Thomas Burberry & sons ». Cette même année, le ministre de la défense britannique nomme le styliste expérimenté à la conception et la confection des uniformes de ses officiers. L’homme politique sait qu’il a face à lui l’homme de la situation capable de vêtir son armée avec soin et style.Puis, la même année, apparaît le logo du cavalier : « the equestrianknight » brandissant un drapeau annoté du terme latin : « Prorsum » signifiant « aller de l’avant ». Celui-ci traduit le désir fort du dirigeant, de la maison de couture, de toujours poursuivre son œuvre de création sans jamais se détourner de l’innovation. L’armure, quant à elle, symbolise la sureté qui est le résultatd’une longue tradition de savoir-faire qui est, elle-même un gage de qualité.

En 1905, la maison de couture déplore l’incendie de sa première boutique située à Basingstoke. Elle se remet, cependant, rapidement des dommages causés par ce couteux incident et quatre ans plus tard, le premier magasin Burberryparisien voit le jour sur le boulevard Malesherbes.
Dix ans après le terrible incendie, la marque de luxe poursuit son expansion vertigineuse et décide de conquérir le marché asiatique. C’est,ainsi, qu’en 1915 on assiste au départ d’un immense navire, chargé d’imperméables aux couleurs de la marque britannique, en partance pour le japon. Cet évènement inédit scelle le premier partenariat d’une longue lignée de transactionsentre le créateur ambitieux et les commerciaux nippons. Parallèlement, Thomas Burberryatteint le sommet de sa gloireen acquérant le titre de fournisseur officiel des expéditions polaires puis celui de l’armée britannique lors de la première guerre mondiale. Le « Trench-coat » (littéralement : manteau des tranchées) fait, alors, sa première apparition sur les champs de bataille. A leur retour de la guerre, les anciens soldats participent à la popularisation du célèbre imperméable qui fait bientôt partie des grands classiques de l’habillement populaire britannique.
Bientôt, le nom de la marque prend place au sein même du langage courant et devient ainsi le terme générique désormais utilisé pour désigner tout imperméable. Le roi Edward VII contribue largement à cette effet de style langagier car il a, cette époque, coutume de réclamer son vêtement de pluie en lui attribuant le nom de Burberry : « Give me my Burberry » (veuillez me donner mon Burberry). En 1919, la maison de création atteint les sommets de la consécration lorsque le roi Georges V nomme, personnellement, Thomas Burberry en qualité d’habilleur officiel de la couronne britannique. En 1924, la marque choisit le tissu écossais aux teintes blanches, noires et marrons qu’elle décide désormais d’associer à sa « Nova Check » qui connaît, dès lors, un véritable succès à travers l’ensemble de ses gammes de produits. On trouve, ainsi, le motif écossais sur de nombreux modèles des divers produits, commercialisés par la maison Burberry, à l’image des lunettes de soleil Burberry.

En 1926, Thomas Burberry décède à l’âge de 91 ans. Ses deux fils Thomas Newman et Arthur Mickaël reprennent les rênes de l’entreprise familiale. Celle-ci est de plus en plus présente sur le marché des accessoires de luxe et signe de toutes nouvelles gammes de produits comme celle des célèbres parapluies aux couleurs du tartan cher à la marque. Cette dernière se spécialise, ainsi, dans la maroquinerie de luxe ou encore les foulards, les écharpes, les lunettes de soleil…En 1955, la célèbre maison décide de faire de sa Nova Check une griffe déposée officielle.
Au cours de cette même année, la reine Elisabeth II d’Angleterre demande à la maison de prestige de devenir le fournisseur du royaume. En 1989, le prince Charles lui renouvelle cette requête, à laquelle il avait 34 ans plus tôt déjà répondu favorablement et lui concède, à cet effet, les « Royal Warrants ».
Au cours de son histoire, Burberry n’a jamais cessé de séduire les personnalités les plus en vue de tous les horizons médiatiques. C’est ainsi que le célèbre trench-coat s’est exporté Outre-Manche jusque sur les plateaux de tournage des plus grandes séries à succès hollywoodienne. On a, ainsi, pu apprécier Humphrey Bogard, dans « Casablanca », revêtu du fétiche de la marque à l’instar de la sublime Audrey Hepburn dans « Breakfast at Tiffany’s » ou encore Marlène Dietrich dans « cœur brûlés ». Plusconnu des générations actuelles et très apprécié : le charismatique et inoubliable lieutenant Columbo, interprété par le talentueux comédien Peter Falk, ne se défaisait jamais de son imperméable. Burberry a, également, toujours beaucoup plu aux grands hommes politiques tels que Churchill, Reagan ou encore Georges Bush.
L’année 1995 marque un tournant dans la destinée de la maison de couture familiale car celle-ci est rachetée par le groupe britannique Great Universal Stores (GUS). Elle y laissera son indépendance et sa réputation solidement acquise de société innovante.
A la fin des années 90, la société connaît la plus grande crise de son histoire (crise financière mais également crise identitaire). Elle est directement touchée par le marasme économique qui sévit sur le marché asiatique.En 1997, afin d’y remédier le groupe décide de s’allouer les services de Rose Mary Bravo, une talentueuse américaine qui reprend, alors, la direction de la maison de couture. Celle-ci donne un nouveau souffle à la marque en engageant Fabien Baron qui n’est autre que l’ancien collaborateur de Calvin Klein ainsi que des photographes de renom comme Mario Testino et des top-modèles de renommée internationale tels que Kate Moss. La nouvelle PDG intègre, également, à son équipe Roberto Menichetti comme premier styliste puis dès 2002 Christopher Bailey. La marque reprend, alors, du flambeau et le chiffre d’affaire augmente de manière tout à fait significative.Dans la même période, GUS (actionnaire majoritaire de la maison depuis près d’un demi-siècle) se retire du capital de la société qui est désormais disponible pour une cotation en bourse. Cependant, si la marque retrouve son assurance financière, elle a, en revanche, bien des difficultés à se positionner par rapport à son image publique. Elle doit, en effet, faire face à une véritable crise identitaire car Burberry subit, depuis peu, la mauvaise influence de groupuscules marginaux, peu recommandables, qui se sont, indélicatement, emparés de ses fétiches servant à marquer publiquement leur appartenance au clan. Parmi eux, se trouvent les « Chavs », des jeunes amateurs de rap à la mauvaise réputation, qui revendiquent de façon très ostensible leur association à la marque en se coiffant du couvre-chef aux motifs de la Nova Check. Burberry voit, également, la renommée de sa griffe fortement atteinte par le mouvement « football casual culture » qui se distingue du hooliganisme par le port de vêtements de luxe à travers lequel la marque est très exposée. Celle-ci est bientôt caricaturée, devenantla cible de multiples rumeurs au sein du royaume britannique et un sujet constant de railleries.
La maison de couture parvient, pourtant, bon gré mal gré, à se relever et retrouve dès lors sa flamboyante renommée d’antan. C’est en se tournant résolument vers l’avenir et l’innovation, qu’elle parvient à contrer ce boycott indélicat assimilable à l’usurpation mal intentionnée de son identité. Elle impose, ainsi, tout d’abord, une nouvelle image, celle d’un groupe rajeuni et remanie, ainsi, l’ensemble de ses collections. Deux lignes bien distinctes naissent, alors, de ce projet :
-« Burberry Prorsum » est la ligne haut de gamme de la marque. Elle contient les créations présentées lors des défilés de la « FashionWeek » de Milan. La production se fait en petite quantité et les pièces sont véritablementonéreuses.
-« Burberry London » est la seconde ligne. Sa cible est nettement plus large et variée. Ses collections s’adressent au grand public à un prix beaucoup plus abordable que la ligne Prorsum. La gamme de lunettes de vue Burberry, est partie intégrante de cette ligne. On y trouve des modèles ornés du motif écossais devenu au fil du temps le signe distinctif qui est directement associé à la marque de luxe.Aujourd’hui, la maison Burberry compte plus d’une soixantaine de boutiques à travers le monde et présente un chiffre d’affaire de plus d’un milliard d’euros. Il y a, donc, fort à parier que la marque du cavalier armé, chevauchant et traversant les âges au dos de son fidèle destrier, fêterale bicentenaire de sa création dans un peu moins d’un demi-siècle.


